Mardi 18 mars 2008
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Il y a deux semaines, on avait pu l’entendre dans l’émission « revu et corrigé » de Paul Amar. Au téléphone, Chantal Sébire avait expliqué pourquoi elle en était arrivée à demander au
Président de la République le droit de mourir dans la dignité.
J’avoue qu’avant d’entendre ce témoignage, j’étais plutôt réticente à une légalisation de l’euthanasie. Plutôt que d’autoriser le suicide assisté, il me semblait surtout essentiel de permettre
aux personnes atteintes de maladies incurables de pouvoir vivre le peu de temps qu’il leur restait dans la dignité. De tout faire pour les soulager de leurs souffrances. Ce qui semblait être
l’esprit de l’actuelle législation, qui s’oppose à l’acharnement thérapeutique et autorise l’euthanasie passive.
Or, la situation de cette femme dépasse ce qu’on pouvait imaginer de pire…
A cinquante-deux ans, Chantal Sébire lutte depuis sept ans contre une tumeur incurable qui lui ronge progressivement le visage, sans que sa douleur puisse être atténuée, car elle souffre d’un
terrain allergique qui rend impossible l’administration de morphine. Les médecins n’ayant plus aucun recours pour la soulager, il ne lui reste plus qu’à attendre la mort, c’est-à-dire d’être
totalement dévorée par le cancer (ou par une rupture d’anévrisme) et à continuer de se frapper la tête contre les murs, quand la souffrance devient trop intolérable. De toute
façon, comme on le lui a déjà dit, « elle devrait être morte de puis longtemps… »
Je pensais qu’il n’y avait que dans les films qu’on trouvait de telles atrocités, dignes du mythe de Prométhée, enchaîné au Mont Caucase, dont le foie était chaque jour dévoré par
un aigle…
Mais la réalité dépasse parfois la fiction.
C’est ainsi qu’on peut entendre une femme de cinquante-deux ans raconter que la prochaine étape pour elle était d’attendre que son œil tombe…
Et qu’elle avait jusqu’à présent refusé l’idée du suicide parce qu’elle voulait que ses enfants garde d’elle l’image d’une femme qui se bat…
Hier,la décision de justice est tombée, implacable.
Au lieu de permettre à Chantal Sébire de s’éteindre rapidement entourée de ses proches, la société française ne lui propose qu’une cruelle alternative : celle d’être plongée dans un coma
artificiel (dont personne ne peut vraiment certifier qu’il n’est pas douloureux) et de dépérir à petit feu, lentement, jusqu’à la mort, qui surviendra peut-être une nuit, dans la solitude d’une
chambre d’hôpital, loin de ceux qu’elle aime…
En France, si on s’interdit de donner la mort, on ne s’interdit donc pas de laisser ses citoyens souffrir inutilement.
Car n’est-ce pas tout simplement faire de cette femme une morte-vivante que de la laisser mourir ainsi?
Et puisque les médecins ne peuvent rien pour la guérir ni la soulager, leur rôle ne serait-il pas simplement d’éviter cette lente agonie, qui ne manquera pas d’ajouter au traumatisme de ses
enfants ?
Et si l’on ne peut légaliser l’euthanasie par peur d’éventuelles dérives, ne peut-on pas octroyer à Chantal Sébire une sorte d’exception, sur le modèle de la grâce présidentielle ?
Entre toutes les issues fatales qui l’attendent immanquablement, lui permettre juste de choisir la moins atroce…
Lui donner cette toute petite liberté. Par fraternité.
Car si l’égalité fait partie de notre devise nationale, elle ne doit pas exclure de s’attacher aux cas particuliers. Puisqu’il s’agit de faire preuve d’un peu plus d’humanité.
On achève bien les chevaux…